Du biocharbon à partir de biomasse

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© (Photo TC Media - Sébastien Lacroix) Sylvain Bertrand, directeur général d'Airex Énergie.

BÉCANCOUR. Il y a quelques semaines, Airex Énergie a entrepris la phase de démarrage d'une première unité de son usine de biocharbon à Bécancour.

Grâce à un investissement de 6,5 millions $, tout un système composé de silos, broyeur, d'unités de séchage, de convoyeurs convergeant vers un réacteur de haute technologie a été installé dans une ancienne piscine d'eau lourde du parc LaPrade.

Jusqu'au début du printemps, une équipe de cinq personnes procède à des tests pour régler les différents problèmes d'ordre mécanique et séquentiel, une procédure qui se fait dans n'importe quelle industrie et qui comporte plusieurs défis techniques.

Une fois que les équipements seront bien rodés, l'unité de production sera en mesure de sortir deux tonnes à l'heure. Des granules de biocharbon, du biochar et de la farine de bois torréfiée qui permettent des applications fort prometteuses seront produits à partir de biomasse.

Actuellement, la matière première utilisée par Airex Énergie provient essentiellement des résidus d'usines de sciage ou des copeaux de bois de recyclage, mais d'autres sources d'approvisionnement sont envisageables.

L'entreprise a aussi fait des tests pour fonctionner avec du compost qui n'a pas de valeur commerciale provenant, par exemple, des matières résiduelles des municipalités.

Des résidus agricoles de la culture du maïs, de la canne à sucre ou d'huile de palme, pourraient aussi servir comme matière première. «On est capable de passer toutes matières organiques dans le procédé», souligne-t-il.

Airex compte aussi produire du charbon activé qui peut servir à filtrer les impuretés, par exemple, dans le traitement des eaux municipaux ou des effluents provenant d'une mine. Il faudrait toutefois des équipements supplémentaires qui ne sont pas encore installés à Bécancour.

Un produit en émergence

«L'objectif est de produire 15 000 tonnes de biocharbon par année, ce qui nécessiterait un approvisionnement qui pourrait aller jusqu'à 40 000 tonnes par année tout dépendant du taux d'humidité», indique le directeur général, Sylvain Bertrand, qui aimerait procéder à différentes phases d'expansion sur le site du parc LaPrade.

Comme il s'agit d'un produit en émergence, puisqu'il n'y avait pratiquement pas de production industrielle jusqu'ici, le défi sera de commercialiser. «C'est l'œuf ou la poule. Les industriels ne développeront pas de produits s'ils ne peuvent pas s'approvisionner, ajoute le directeur général.

«Juste pour faire des tests avec le biocharbon thermique, une centrale aux États-Unis a eu besoin de 8 000 tonnes. C'est la moitié de notre production annuelle, continue-t-il. On n'arrivera jamais à remplacer tout le charbon parce qu'il n'y aurait pas assez de biomasse dans le monde. L'objectif est de remplacer 3% à 5%».

Différents partenaires provenant de l'industrie et du milieu universitaire sont d'ailleurs très intéressés à ce qui se fait à Bécancour. Une dizaine de projets de recherche et développement sont en cours pour un total de 2,4 millions $.

Une technologie unique

L'usine de Bécancour est actuellement la seule en son genre au Canada, alors qu'on en compterait trois ou quatre autres à travers le monde.

Toutefois, la technologie CarbonFX développée par Airex Énergie est unique, ce qui pourrait s'avérer un net avantage pour l'entreprise.

Grâce à une innovation brevetée, l'entreprise réussie à réduire considérablement le temps qu'il faut pour la phase critique du procédé, soit la torréfaction, grâce au design de son réacteur.

En injectant des gaz dans le réacteur, les particules ne passent que trois secondes dans le réacteur, soit 600 fois moins longtemps que la compétition, dont le procédé de fours rotatifs nécessite trente minutes pour la torréfaction.

La taille des équipements d'Airex est aussi beaucoup plus petite, ne nécessite pas de chaudière de biomasse pour produire la chaleur en plus de comprendre un système de pré-séchage intégré.

Le coût d'achat lui confère ainsi un avantage sur ses compétiteurs quand viendra le temps de vendre sa technologie, un créneau que compte de développer l'entreprise pour poursuivre sa croissance.

À quoi ça sert?

Biocharbon

Combustion pour remplacer le charbon dans des centrales thermiques et ainsi réduire les émissions de gaz à effet de serre, ou encore pour produire de l'énergie pour des cimenteries.

Biochar

Augmenter la fertilité des terres ou encore pour restaurer des sols qui ont été contaminés.

Biocomposites

Pour des composantes de plastique, dans l'industrie automobile, tandis que le biocoke peut être utilisé dans certains procédés métallurgiques, en remplacement du coke.

 

 

Source : Sébastien Lacroix, Le Courrier Sud.  «Du biocharbon à partir de biomasse», TC Media, Le Courrier Sud, Section: Actualités > Économie - Publié le 11 frévrier 2016